Publié le 31 août 2016 par Jean-Pierre ♫

Portrait d'une musulmane (Tranches de vie - épisode 4)

Beaucoup de gens prétendent savoir à quoi ressemble "la femme musulmane". Ils savent par exemple pourquoi elle est voilée ou non, pourquoi il faut la voiler ou au contraire la dévoiler. Ils clament tant d’autres choses que je m’en tiendrai là.

Personnellement, je connais pas "les femmes musulmanes". Certaines sont non pratiquantes, d’autres sont parties faire le djihad en Syrie. Il en existe tellement et de si différentes. Du coup, je ne sais pas non plus ce qu’elles pensent. Et je me garderai bien de prétendre savoir ce qui est bon pour elles.

Par contre, j’en connais une, fort bien, dont je puis me permettre de d'évoquer ici le portrait. Elle s’appelle Aïcha.

Je précise d’entrée de jeu qu’elle prie deux fois par jour, qu’elle pratique strictement le ramadan mais qu’elle n’a jamais porté de voile et qu’elle boit régulièrement de l’alcool, sauf pendant le ramadan.

Aïcha a grandi au Maroc, dans un quartier populaire d’El Jadida, une ville de 140 000 habitants située au bord de l’Atlantique à 100 kilomètres au sud de Casablanca. C’est une ville destinée aux touristes marocains qui s’y rendent nombreux l’été mais peu connue des touristes étrangers.

Au royaume du Maroc, l’islam sunnite est religion d’état et le roi se proclame Commandeur des Croyants ainsi bien entendu que descendant du Prophète. C’est pourquoi Aïcha n’a appris l’existence des chiites qu’au lycée, en cours de philosophie, où ils ont été brièvement décrits comme faisant partie d’une secte sans aucun rapport avec l’islam.

Quant elle était lycéenne, Aïcha a lu très en détail le Coran. Elle a trouvé que la fameuse sourate des femmes était trop machiste pour avoir été dictée par Allah. Elle en a déduit que des individus mâles avaient certainement dû la trafiquer de-ci de-là. Mais elle est restée attachée à l’islam et au Coran.

Quand elle a commencé ses études de biologie, au début des années 1990, Aïcha a vu débarquer les premiers salafistes qui prêchaient à la sortie de l’université. Elle les a fui avec horreur et a vu avec tristesse quelques-unes de ses amies rejoindre ces derniers.

Son expérience des hommes marocains l’a fortement déçue. Aïcha les a trouvé particulièrement machistes aussi ne s’est-elle attachée à aucun d’entre eux.

C’est donc assez logiquement qu’elle a fini par rencontrer un touriste français puis qu’elle est allé vivre avec lui par delà les rives de la Méditerranée.

En France, Aïcha a appris avec stupéfaction que le chiisme est une branche de l’islam. Elle a aussi pris goût à l’alcool qui, bu avec modération, est toujours un plaisir. Quand elle est invitée, elle mange la viande qu’on lui propose sans rechigner. Mais chez elle, elle ne mange pas de porc, davantage par habitude qu’autre chose. Et si elle achète de la viande hallal c’est surtout parce que toutes les boucheries de son quartier sont hallal (Vous avez déjà vu, vous, une boucherie non hallal, sauf peut-être dans les centre-villes bourgeois ? Cela n’existe plus.) Par contre, quand elle achète une pizza surgelé, ce qui est rare car elle préfère cuisiner maison, elle ne se préoccupe pas de savoir si la viande est hallal ou non.

Aïcha prie deux fois par jour, matin et soir. Elle pratique strictement le ramadan, mois pendant lequel elle ne boit pas d’alcool. Elle n’a jamais voilé ses cheveux, encore moins le reste de son corps. Elle s’habille de manière fort coquette.

Bref, et pour résumer, Aïcha en a raz la tignasse, qu’elle a fort courte d’ailleurs, façon Halle Berry, de tous ceux qui pensent à sa place ce qu’elle devrait porter ou non, pourquoi elle le porte ou non, pourquoi elle se contraint à pratiquer le ramadan même en plein coeur de l’été, pourquoi elle prie matin et soir et boit néanmoins de l’alcool, etc, etc...

Elle en a surtout raz la tignasse de tous ces politiciens qui s’érigent en donneurs de leçon dans le seul but de flatter l’électeur. Et, par dessus tout, elle déteste Nicolas Sarkozy qui a passé ses cinq années de présidence à taper sur les musulmans (ou les Maghrébins ? Ou les deux ? Lui même fait-il la différence ?)

Ah oui. Aïcha a une fille de dix ans qui lui demande parfois qu’elle est sa religion à elle, sa fille. Sa mère lui répond alors invariablement : « Tu te feras ton opinion quand tu seras assez grande. Pour l’instant, contente-toi d’aller à l’école. »


Jean - 31 août 2016 à 20h04
Il y a des gens bien de partout, il y a surtout des pauvres gens manipulés par les dirigeants politique ou religieux et puis il y a des pourris comme partout. ç& dépend qui on connait.

Hélène - 31 août 2016 à 21h09
Un très beau texte, merci

Lili ... - 1er septembre 2016 à 10h51
Je pense que si l'affaire du voile dans les années 90 n'avait pas été montée en épingle, les jeunes filles nées ici n'en auraient jamais fait l'étendard de leur identité. C'est ce que je dis toujours à mon fils (qui rêve d'être tatoué). Rien de définitif, car on change en grandissant.
Bon courage à Aïcha et à Sarah.

Jean-Pierre ♫ - 1er septembre 2016 à 11h37
Là je crois que tu te trompes, Lili ...
Le voile ne fut que le premier pas d'un salafisme qui, en tout cas au Maroc, n'a cessé de s'étendre depuis les années 1990. (Et pendant ce temps, en Algérie, c'était la décennie sanglante). Il me semble que les Maghrébins de France suivent le même mouvement que leurs concitoyens d'outre Méditerranée.

Lili ... - 1er septembre 2016 à 14h24
Je n'en suis pas si sure JP. Mes copines avaient tellement en horreur que leur père choisisse pour elles, et n'avaient qu'une envie, se fondre dans la masse et porter les mêmes jupes courtes, ne pas avoir de traces de henné et que leurs frères leur foutent la paix
Quant à la majorité des garçons de la cité, 6 ans avant ils continuaient de faire du trafic : échange des sandwichs hallal confectionnés par leur maman contre le sandwich saucisson sec.

Vous devez vous identifier pour commenter cet écrit.