Publié le 9 mars par Jean-Pierre ♫ - Dernier commentaire le 9 mars

Une brève histoire du calendrier

Il y eut d'abord un matin. Le soleil se leva plein est puis grimpa lentement dans le ciel. Quand il atteignit son apogée, les êtres humains dirent qu'il était midi. Aussi, assis autour d'un feu, ils mangèrent le lièvre capturé dans un piège le matin ainsi que les fruits qu'ils avaient cueilli.

Puis vint le soir et le soleil disparut à l'ouest. Allait-il revenir ? Fort heureusement, après une longue nuit sans lune, il réapparut le lendemain. Une première journée venait de se dérouler.

Ainsi, chaque matin, le soleil se levait, mais en se décalant de plus en plus au sud, et se couchant de même. Aussi, le jour durait chaque fois plus longtemps et la nuit était à chaque fois un peu plus courte. Les êtres humains en furent très contents. Mais cela allait-il continuer ainsi indéfiniment ? Finalement, cela cessa et le soleil se remit à se lever et se coucher de plus en plus vers le nord. Cette période où la nature s'était montrée pleine d'effervescence, les êtres humains l'appelèrent le printemps. Et ce jour le plus long, ils le nommèrent solstice, ce qui signifie "le soleil s'arrête". Et cette deuxième période, où le jour ne cessait de diminuer mais où la nature se montra si généreuse, ils l'appelèrent l'été.

Quand le soleil se leva de nouveau plein est et se coucha de nouveau plein ouest, les êtres humains appelèrent cette journée le deuxième équinoxe, ce qui veut dire "même nuit" car le jour durait aussi longtemps que la nuit.

Qu'allait-il se passer maintenant ? Le soleil allait-il de nouveau se mettre à se décaler vers le sud ? Non. Il se décala vers le nord et le jour ne cessa de diminuer. Et la nuit ne cessa d'augmenter. Et la nature ne cessa de sembler mourir. Les feuilles jaunirent, puis tombèrent. Inquiets, les êtres humains appelèrent cette période l'automne. Le cœur pétrit d'angoisse, ils espéraient un deuxième solstice. Fort heureusement, ce dernier survint et, après une longue période froide et aride, revint l'équinoxe de printemps.

Il en fut ainsi sans arrêt. Printemps, solstice, été, équinoxe, automne, solstice, hiver, équinoxe, et ainsi de suite indéfiniment. Ils appelèrent ce cycle "année".


La révolution du néolithique et les nombres babyloniens

Et les années passèrent et passèrent et passèrent puis, un jour, il y a près de dix mille ans, les êtres humains cessèrent de vivre en nomades qui chassent et qui cueillent. Ils se sédentarisèrent et devinrent éleveurs et agriculteurs. Des villages commencèrent à se constituer puis des bourgs et même des villes. Il fallut alors commencer à compter les habitants et les animaux et à mesurer les arpents de terre. Ainsi, il y a cinq mille ans, les êtres humains inventèrent l'écriture, celle des mots mais d'abord celle des nombres. Cela se passa à Babylone, dans le croissant fertile, entre le Tigre et l'Euphrate, avant de se répandre dans le monde entier.

Si l'on touche une à une les trois phalanges de chacun de nos quatre doigts à l’aide du pouce de la même main, on obtient douze chiffres. Les Babyloniens préféraient compter à coup de douze parce que ce nombre est divisible par 2, 3, 4, 6 et 12, ce qui est beaucoup plus commode pour faire des calculs que de compter par 10, un nombre qui ne se divise que par 2, 5 et 10.

Dès lors, il fut décidé que le jour, comme la nuit, compteraient chacun 12 heures, et cela toute l'année, que les jours soient longs ou courts, que l'on soit en été ou en hiver. La sixième heure du jour s'appela midi, ce qui veut dire "milieu du jour", de même pour la sixième heure de la nuit que l'on nomma minuit. Quant aux heures, elles furent découpées en 60 minutes, 60 étant un nombre rond dans leur système numérique puisque égal à 5 x 12. De même pour les minutes, composées de 60 secondes.

Quant à l'année, elle fut décomposée en 12 mois, 3 pour chaque saison, et 360 jours, encore un chiffre rond puisque il s'agit de 6 x 60.


Le calendrier julien

Trois milles ans passèrent avant que les scientifiques de l'époque de Jules César ne fasse remarquer qu'une année durait en fait 365 jours un quart. Il fut donc décidé que trois années sur quatre dureraient 365 jours et la quatrième 366 jours.

Quant aux mois de l'année, ils portèrent des noms liés à l'histoire romaine. Le premier mois de l'année, mars, était dédié au dieu de la guerre, père de Rémus et Romulus. Le deuxième, avril, signifie ouverture en latin. Le mois de mai est dédié à Maïa et juin à Junon. On dédia le mois de juillet à Jules César et le mois d'août à son successeur Auguste. Septembre était donc le septième mois, octobre le huitième, novembre le neuvième et décembre le dixième. Quant à janvier et février, qui marquent le passage d'une année à l'autre, ils furent dédiés à Janus, le dieu aux deux visages.

Par ailleurs, une religion d'origine juive prit de l'ampleur avant de devenir, en 325, avec la conversion de l'empereur Constantin, religion d'état. Selon cette religion, Yahvé avait créé le monde en six jours avant de se reposer le septième jour. Ainsi fut inventée la semaine, faite de six jours de travail et d'un septième jour consacré à la religion et au repos. Et c'est pourquoi, d'origine mi-romaine mi-chrétienne, les cinq premiers jours de la semaine portent des noms d'astres dans l'ordre supposé de leur proximité - la lune pour lundi, Mars pour mardi, Mercure pour mercredi, Jupiter pour jeudi et Vénus pour vendredi. En fait, la planète la plus proche de la Terre est Vénus et non Mars de sorte que l'on devrait passer directement du lundi au vendredi... Samedi, quant à lui, signifie "le jour du shabbat" et dimanche "le jour du Seigneur".


Le calendrier grégorien

Jusqu'alors, les années étaient comptées à partir de la fondation de Rome en 753 avant J.C. Mais en l'an 525, il fut décidé de les compter à partir de l'année supposée de la naissance de Jésus.

A partir de 1492, les Espagnols et les Portugais partirent à la conquête du monde, ce qui ne fut pas sans conséquences pour la façon dont le temps est géré aujourd'hui à travers le monde entier.

Mais ensuite, en 1582, les scientifiques de l'époque, se rendirent compte que quelque chose clochait concernant la durée d'une année. Un décalage de dix jours s'était instauré ainsi le solstice d'été tombait le 1er juillet et non plus le 21 juin !

Après avoir refait leurs calculs, ils se rendirent compte qu'une année durait en fait 365,2425 jours et qu'il y avait donc 3 jours de trop tous les 400 ans. Il fut ainsi décidé que 3 siècles sur 4 n'auraient pas de 29 février. Ce fut le cas en 1700, 1800 et 1900 et, pour les plus jeunes d'entre vous, ce sera le cas en 2100. Par ailleurs, il convenait de combler cet écart de dix jours aussi le pape Grégoire décréta que l'on passerait directement du 4 au 15 octobre 1582. C'est durant cette interminable nuit que mourut la très pieuse Thérèse d'Avila

Mais l'autorité papale ne s'exerçait pas sur le monde entier. Déjà, les chrétiens orthodoxes s'étaient séparés de Rome dès 1054. Ils attendirent le début du XXème siècle pour adopter ce nouveau calendrier. C'est ainsi que la Révolution d'Octobre 1918 eut en fait lieu en novembre. Quant aux protestants, un peu plus rapides, ils prirent néanmoins leur temps. C'est ainsi que Cervantès et Shakespeare moururent tous deux le 23 avril 1616... mais avec dix jours d'écart, le premier, Espagnol, selon le nouveau calendrier grégorien et le second, Anglais, selon le calendrier julien. Mais, finalement, même les Grecs orthodoxes passèrent au calendrier grégorien, suivit par la Turquie en 1926, la Chine populaire en 1949 et même la très musulmane Arabie Saoudite en 2016. Ainsi le monde entier vit désormais au même rythme.



Un calendrier unique pour un monde mondialisé

A partir de 1492, les Espagnols et les Portugais partirent à la conquête du monde, suivis de près par les Néerlandais, les Britanniques, les Français et quelques autres, bref, tous les pays européens ouverts sur la mer. C'est ainsi qu'en 1947, la quasi-totalité du monde était dominée par l'Europe, à l'exception bien-sûr des ex-colonies d'Amérique déjà indépendantes.

Mais, à partir de 1947, vint le temps des indépendances, à commencer par l'Inde. Cependant tous ces pays désormais mondialisés, s'ils gardèrent leurs langues, leurs cultures et leurs religions, adoptèrent tous le calendrier grégorien, une manière de compter le temps qui remonte aux Babyloniens, en passant par l'Empire Romain et le christianisme. Même les Chinois, si fiers de leur nouvel an, et les Saoudiens, garants de l'Islam, utilisent cet unique calendrier désormais universel. Seuls six pays emploient un calendrier différent : l'Afghanistan et l'Iran le calendrier persan, l'Éthiopie et l'Érythrée le calendrier éthiopien, le Népal le calendrier Vikram Samvat et Le Vietnam un calendrier luni-solaire.

Écrit à Grenoble le deuxième jour de la lune du mois du dieu Mars de l'an de grâce 2020 après la naissance de notre Seigneur Jésus Christ à 06:06:06