Publié le 16 décembre 2020 par Jean-Pierre ♫

Déni d'initier

Cela fait maintenant seize ans que Jean-Pierre et Aïcha sont mariés. Leur couple est comme une vieille voiture abîmée de partout. La carrosserie est toute usée mais le moteur tient encore grâce aux fruits d'une solide complicité. La tendresse et l'amour sont toujours là, plus précieux qu'aux premiers jours. Et puis surtout, il y a Sarah, leur fille de quatorze ans, le ciment de leur couple. Qu'adviendra-t-il quand Sarah s'en ira voler loin du nid ? Difficile de le deviner...

Jean-Pierre a cinquante-cinq ans. Il est informaticien au chômage total depuis bientôt neuf ans. Il a envisagé une reconversion de chargé d'insertion professionnelle mais, pour l'instant, malgré une formation de six mois, cela n'a pas abouti.

Aïcha a quarante-huit ans. Elle est aide-soignante dans la grande clinique psychiatrique de Grenoble. Ce travail lui plaît mais l'épuise. Il faut dire qu'elle se donne toujours à fond dans ce qu'elle fait au risque d'y laisser sa santé. Elle n'a pas peur de se tuer à la tâche et même peut-être y trouve-t-elle une certaine forme de plaisir.

Jean-Pierre, lui, est usé par neuf années de chômage total, tout juste entrecoupées d'une formation de six mois. Fragile psychologiquement depuis toujours, très anxieux de nature, le voilà qui, lors de cette fameuse année 2020, développe des troubles maniaco-dépressifs. Il alterne des phases de trois mois de déprime avec des phases de trois semaines où il se montre aussi surexcité que fébrile.

Jean-Pierre prend un anxiolytique depuis déjà très longtemps mais, avec l'installation de ce nouveau trouble, il prend désormais un nouveau médicament afin de calmer ces phases de surexcitation.

A la fin de cette si fameuse année 2020, alors que le traitement de Jean-Pierre commence à peine à faire un peu d'effet, lors d'une phase maniaque, Aïcha lui dit avec aplomb : « Tu es dans le déni. Tu ne t'es jamais remis en cause. »

Jean-Pierre en est contrarié. Quel déni ? Dès l'âge de vingt-deux ans, quand les premiers troubles anxieux se sont manifestés, il est allé voir son médecin puis un psychiatre qui lui a prescrit un anxiolytique, médicament qu'il continue de prendre trente-trois ans plus tard. Et quand il a commencé à manifester des troubles maniaco-dépressifs, certes il a tardé mais a finalement pris contact avec un psychiatre qui lui a prescrit un médicament approprié. Mais ce dernier ne fait pas effet immédiatement. Cela demande un peu de temps.

Par ailleurs, en parallèle avec ces traitements, Jean-Pierre a pratiqué une psychothérapie puis s'est même allongé sur le divan de la psychanalyse. Comment pourrait-il se remettre davantage en cause ? En quoi est-il dans le déni ? Aïcha serait-elle lassée d'attendre en vain une hypothétique guérison ?

De son côté, Aïcha n'est pas un modèle de stabilité psychologique. Elle n'a jamais fait de rêves. Tout au contraire, les mêmes cauchemars peuplés de fantômes mortifères hantent ses nuits depuis toujours. Malgré les conseils de Jean-Pierre, elle n'a jamais voulu essayer la psychothérapie, ou si peu, du bout des lèvres.

Son seul credo est un livre de développement personnel qui s'appelle Tool et prétend que l'on peut guérir de ses problèmes psychologiques grâce à quelques astuces assez simples, pour ne pas dire plus.

Cela ne lui réussit pas tant que ça d'ailleurs puisque les mêmes fantômes continuent de hanter ses nuits. Elle est par ailleurs accro à un anti-dépresseur depuis plusieurs années...

Alors, dans ce cocktail médicamenteux, lequel des deux est le plus dans le déni ? Lequel se remet le moins en cause ?...

Grenoble, mercredi 16 décembre 2020



lurette - 2 janvier à 14h56
C'est grâce à la pluie que du ciel uni au soleil, s'illumine l'arc-en-ciel..

.. where over bluebirds fly..

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Lili ... - 3 janvier à 18h23
J'aime beaucoup ton écriture JP

Pas besoin de tout analyser, on peut aussi en faire de petits rituels ritournelles.

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